Le Shar Pei
Le Shar Pei : une singularité chinoise au caractère feutré
I. Introduction générale : un chien au charme énigmatique
Le Shar Pei est l’une des races canines les plus reconnaissables au monde, immédiatement identifiable par les plis profonds qui parcourent sa peau et son allure résolument orientale. Originaire de Chine, ce chien rare et ancien incarne à la fois la noblesse millénaire des chiens asiatiques et une personnalité atypique, à la fois indépendante, réservée et loyale. Réhabilité au XXe siècle après avoir frôlé l’extinction, le Shar Pei séduit aujourd’hui un public restreint mais fervent, admiratif de sa prestance calme, de sa loyauté discrète et de son apparence inimitable.
II. Origines et histoire d’une race millénaire
1. Une ascendance impériale et paysanne
Le Shar Pei trouve ses origines dans la Chine méridionale, plus précisément dans la province de Guangdong. Des représentations de chiens aux traits comparables remontent à la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.), ce qui suggère une très ancienne lignée. Utilisé à la fois comme chien de garde, de chasse et de combat, le Shar Pei était un auxiliaire rural robuste, apprécié pour sa peau lâche qui compliquait la prise des adversaires — humains ou animaux.
2. Déclin sous la Chine maoïste
Sous le régime communiste de Mao Zedong, la possession de chiens fut jugée bourgeoise, et la plupart des races chinoises traditionnelles furent décimées. Le Shar Pei survécut de manière marginale dans quelques villages. L’alerte sur sa possible disparition fut donnée en 1971 par Matgo Law, éleveur hongkongais, qui lança un appel international, relayé notamment aux États-Unis.
3. Renaissance américaine et reconnaissance internationale
Réintroduit à partir d’un noyau génétique très réduit, le Shar Pei fut sélectionné avec soin, notamment aux États-Unis, où son apparence fut accentuée, parfois au détriment de sa rusticité. Il fut reconnu officiellement par la Fédération Cynologique Internationale (FCI) en 1981. Depuis, l’élevage s’est efforcé de stabiliser ses caractéristiques tout en veillant à limiter les dérives morphologiques et les problèmes de santé.
III. Caractéristiques morphologiques : un chien plissé, compact et noble
1. Gabarit et proportions générales
Le Shar Pei est un chien de taille moyenne, bien charpenté, au corps compact et aux aplombs solides. La hauteur au garrot oscille entre 44 et 51 cm, tant pour les mâles que pour les femelles. Le poids idéal se situe entre 18 et 25 kg. Le corps est légèrement plus long que haut, donnant une impression de solidité ramassée.
2. Une tête unique
La tête du Shar Pei est l’un de ses traits les plus frappants. Large, dotée d’un crâne plat et d’un stop modérément marqué, elle est recouverte de plis abondants, notamment au niveau du front et des joues. Le museau est large, assez court, avec des babines charnues et un nez large, généralement noir. Les yeux, petits et enfoncés, affichent une expression sérieuse, presque mélancolique. Les oreilles sont petites, épaisses, triangulaires, repliées vers l’avant, jamais dressées.
3. Une peau et une robe hors du commun
Le Shar Pei est célèbre pour sa peau plissée. Chez le chiot, les plis sont abondants sur tout le corps ; à l’âge adulte, ils se concentrent généralement sur la tête, le cou, le garrot et la queue. Le poil est très court, dur, droit, et peut être de trois types :
- Horse coat : très court, presque râpeux.
- Brush coat : légèrement plus long (jusqu’à 2,5 cm).
- Bear coat : plus long encore, mais non reconnu par le standard FCI.
Toutes les couleurs unies sont admises, du fauve clair au noir, en passant par le crème, le chocolat, le bleu, ou le lilas.
4. La queue et les particularités du port
La queue est épaisse à la base, s’enroulant en boucle ou en faucille au-dessus du dos. Le port est assuré et ferme. L’allure du Shar Pei est calme, à la fois digne et posée.
IV. Tempérament et comportement : le flegme asiatique
1. Un chien calme, réservé et loyal
Le Shar Pei est un chien au caractère introspectif, presque méditatif. Il est généralement calme, peu aboyeur, et observe plus qu’il ne s’agite. Son attachement à ses maîtres est profond, bien que peu démonstratif. Il préfère la discrétion aux effusions, ce qui en fait un compagnon agréable pour des personnes respectueuses de son espace psychique.
2. Indépendance et méfiance envers les étrangers
Doté d’un tempérament indépendant, le Shar Pei peut paraître distant, voire indifférent, surtout envers les inconnus. Il conserve une méfiance naturelle, ce qui en fait un bon gardien. Cependant, cette réserve ne doit pas être confondue avec de l’agressivité ; une socialisation précoce et équilibrée est essentielle.
3. Entente avec les autres animaux et les enfants
Le Shar Pei peut cohabiter avec d’autres chiens s’il a été habitué jeune à leur présence. Avec les chats, la réussite dépend de l’éducation. Il n’est pas toujours le compagnon idéal pour de très jeunes enfants, car il n’aime pas être brusqué. En revanche, avec des enfants respectueux, il se montre protecteur et placide.
V. Aptitudes et utilisations
1. Chien de compagnie avant tout
Aujourd’hui, le Shar Pei est essentiellement un chien de compagnie. Sa discrétion, son calme et son attachement en font un résident idéal pour des foyers calmes, urbains ou ruraux. Il n’a pas besoin d’activité physique intense, mais apprécie les promenades régulières.
2. Gardien vigilant mais non belliqueux
Son instinct de garde persiste : il prévient d’une intrusion avec sobriété, sans agitation excessive. Sa seule présence suffit souvent à dissuader les indésirables, d’autant plus qu’il peut faire preuve de courage en cas de menace.
3. Faible intérêt cynophile
Le Shar Pei est rarement engagé dans des disciplines sportives ou utilitaires : son tempérament réservé et son absence de goût pour l’exercice intense le rendent peu apte à l’agility ou au pistage. En revanche, certains individus peuvent exceller en obéissance ou en médiation animale, à condition d’être motivés par un lien fort avec leur maître.
VI. Santé et entretien
1. Fragilités dermatologiques et génétiques
La peau plissée, si caractéristique, peut favoriser des infections cutanées, des pyodermites ou des entropions (enroulement des paupières). Les plis doivent donc être surveillés régulièrement. La race est également sujette à la fièvre du Shar Pei, une maladie héréditaire aux manifestations récurrentes (fièvre, gonflements articulaires).
2. Entretien du pelage et hygiène
Le Shar Pei ne nécessite pas de toilettage complexe, mais un brossage hebdomadaire est conseillé pour éliminer les poils morts. Les plis doivent être nettoyés avec soin et séchés pour éviter les infections. Les yeux et les oreilles, sujets à irritations, méritent une vigilance régulière.
3. Alimentation et espérance de vie
L’alimentation doit être équilibrée et adaptée à une croissance lente. Le Shar Pei peut être sujet à des sensibilités digestives. Son espérance de vie se situe entre 9 et 12 ans, parfois plus pour les lignées les plus rustiques.
Le Shar Pei est une race à part, à la beauté singulière et au tempérament réservé. Il ne cherche ni à séduire ni à se faire remarquer, mais accorde à ses maîtres une fidélité sans faille, teintée de dignité. Chien de méditation plutôt que de démonstration, il convient à des adoptants subtils, patients et respectueux, capables de nouer une relation fondée sur la confiance silencieuse. Derrière les plis de son masque se cache un cœur entier, qui, une fois conquis, se donne avec noblesse.

