Les brachets (de Syrie - Noir et feu)

 Les Brachets : sentinelles robustes des forêts alpines


Brachet de Styrie


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I. Caractéristiques générales du type « Brachet »

Le terme « Brachet » (du vieux français brachet, issu du francique braccho) désigne à l’origine un chien courant de petite taille utilisé pour suivre la voie du gibier blessé. Dans la tradition cynégétique germanique, notamment en Autriche et en Allemagne du Sud, ce terme a été réservé à une lignée bien particulière de chiens courants aux aptitudes éprouvées dans les terrains montagnards : les Bracken. Les Brachets modernes sont des chiens de chasse très spécialisés, élevés pour la recherche au sang (le pistage du gibier blessé) et pour la chasse à voix basse ou à quête libre.

Ils se distinguent des grands chiens courants par leur morphologie plus compacte, leur endurance plutôt que leur vélocité, et surtout par leur remarquable capacité de suivre une piste froide sur des terrains difficiles. Leur flair est exceptionnel, leur tempérament est équilibré mais déterminé, et leur attachement à un maître unique en fait des compagnons fidèles mais réservés envers les étrangers.

Morphologiquement, ils présentent souvent un format légèrement allongé, des oreilles tombantes et une expression vive. Leur robe, selon la variété, peut être unicolore ou bicolore, toujours dense, adaptée aux rigueurs climatiques des montagnes.


II. Origine et histoire du type Brachet

Les Brachets trouvent leurs origines dans les anciens chiens courants utilisés dès le Moyen Âge dans les territoires alpins, notamment en Autriche et dans le sud de l’Allemagne. Ces chiens étaient employés pour la chasse au lièvre, au chevreuil et même au sanglier dans des zones souvent escarpées et boisées. On suppose qu’ils descendent, en partie, des anciens chiens courants celtiques et lombards croisés avec des types plus légers et montagnards.

Au XIXe siècle, avec l’essor de la sélection cynégétique dans les régions germaniques, plusieurs lignées furent stabilisées. Le Brachet de Styrie à poil dur (ou Steirische Rauhhaarbracke) fut formalisé en Styrie (sud-est de l’Autriche) par un chasseur du nom de Karl Peintinger, qui croisa vraisemblablement un chien courant d’Hanovre avec des chiens de montagne locaux à poil rude. Le but était de créer un chien capable de travailler sur terrains accidentés par tous les temps.

Le Brachet noir et feu (Brandlbracke), plus ancien encore, est issu des chiens courants médiévaux du sud de l’Empire austro-hongrois. Il doit son nom à sa robe typique noire marquée de taches feu, parfois appelées « marques de Brandl » dans les pays alpins.

Ces races furent ensuite reconnues officiellement par la Fédération Cynologique Internationale (FCI), où elles figurent au sein du Groupe 6 (Chiens courants, chiens de recherche au sang et races apparentées).


III. Le Brachet de Styrie à poil dur (Steirische Rauhhaarbracke)

1. Origine et développement

Créée vers 1870 par Karl Peintinger en Styrie, cette race résulte du croisement d’un chien de recherche au sang du Harz (de type Hanovrien) avec une Bracke d’Istrie à poil dur. L’objectif était de réunir l’endurance, le flair et l’attachement du chien de sang avec la rusticité et la résistance aux intempéries d’un chien montagnard.

La race fut reconnue en Autriche dès le début du XXe siècle et a conservé son rôle utilitaire, presque exclusivement détenue par des chasseurs expérimentés.

2. Description morphologique

Le Brachet de Styrie est un chien de taille moyenne, mesurant entre 45 et 53 cm au garrot pour un poids compris entre 18 et 20 kg. Il présente une silhouette légèrement allongée, bien proportionnée, avec une ossature solide et des membres secs.

Sa tête est allongée, au crâne modérément large, le museau rectiligne. Les yeux sont foncés, les oreilles pendantes, attachées haut et de longueur moyenne. Son pelage est rude, sec et bien couché, avec un sous-poil dense. Il forme une petite barbe sous le menton et des sourcils marqués.

La couleur est toujours fauve, allant du jaune doré au rouge brique, parfois avec une étoile blanche au poitrail.

3. Tempérament et comportement

Il s’agit d’un chien vigoureux, passionné par la chasse, très courageux, particulièrement fiable sur la voie froide. Très lié à son maître, il se montre réservé, parfois indifférent aux étrangers. Il est peu adapté à la vie citadine ou à la compagnie seule : c’est un chien d’utilité, qui s’épanouit dans l’exercice quotidien d’une fonction.

4. Aptitudes et emploi

Principalement utilisé pour la recherche au sang, le Brachet de Styrie est également apte à la chasse au lièvre, au chevreuil et au renard. Il excelle dans les biotopes boisés, en montagne comme en colline, et supporte des conditions climatiques rudes.




IV. Le Brachet noir et feu (Brandlbracke)

1. Origine et histoire

Plus ancien que son cousin styrien, le Brachet noir et feu est attesté depuis plusieurs siècles dans le sud de l’Autriche, notamment en Carinthie et dans les régions alpines voisines. Il descend vraisemblablement de chiens courants médiévaux germaniques et celtiques, consolidés à l’époque moderne par des élevages orientés vers la chasse au lièvre et au chevreuil.

Le nom de Brandlbracke vient du mot « Brandl », désignant les taches feu bien nettes que l’on retrouve au-dessus des yeux, au poitrail, aux pattes et sous la queue. On le connaît aussi sous l’appellation de Brachet autrichien noir et feu.

2. Description morphologique

Le Brachet noir et feu est un chien élégant, bien proportionné, au poil court et luisant. Il mesure entre 48 et 56 cm au garrot pour un poids de 15 à 22 kg. Le corps est légèrement rectangulaire, bien musclé, sans lourdeur.

La tête est sèche, au crâne modérément bombé, au stop bien marqué. Les oreilles sont tombantes, plutôt longues, et bien accolées à la tête. Les yeux sont sombres, à l’expression vive.

La robe est toujours noire avec des marques feu bien délimitées. Une petite tache blanche sur le poitrail est tolérée.

3. Tempérament et comportement

Plus sociable que le Brachet styrien, le Brachet noir et feu reste néanmoins un chien de chasse très actif, intelligent et dévoué. Il a un caractère équilibré, une forte volonté de travailler, et il apprécie la compagnie de l’homme. Sa vivacité et sa persistance en font un excellent chien de recherche au sang, mais également un bon compagnon de chasse au lièvre ou au renard.

En dehors de la chasse, il peut vivre dans un cadre rural s’il bénéficie de suffisamment d’exercice, mais il n’est pas un chien d’agrément à proprement parler.

4. Aptitudes et emploi

Le Brachet noir et feu est utilisé dans des fonctions très proches de celles du Brachet de Styrie. Il est particulièrement apprécié pour sa quête silencieuse, sa précision sur piste, et sa capacité à travailler seul. Il peut également donner de la voix en poursuite, mais de façon modérée.

Il supporte bien les longues distances, travaille avec constance et n’est guère distrait par les pistes annexes. On le retrouve dans toutes les régions montagneuses de l’Autriche, souvent auprès de chasseurs professionnels ou forestiers.





Les Brachets constituent une lignée cynégétique cohérente, issue de siècles de sélection pragmatique dans des environnements exigeants. Leurs qualités de pistage, leur rusticité, et leur fidélité en font des auxiliaires précieux dans la gestion cynégétique montagnarde.

À l’opposé de nombreuses races devenues polyvalentes ou de compagnie, les Brachets ont conservé leur spécialisation et leur typicité. Le Brachet de Styrie, rustique et inflexible, et le Brachet noir et feu, plus souple et sociable, illustrent deux visages complémentaires d’une même tradition cynophile alpine.