Les races de chiens au XVII° siècle

 

Les races de chiens en France au XVIIe siècle : une place centrale dans la société d’Ancien Régime



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Au XVIIe siècle, le chien occupe une place centrale dans la société française, tant dans les campagnes que dans les sphères aristocratiques. Animal de chasse par excellence, compagnon de cour ou gardien de ferme, il est associé à différents milieux sociaux et fonctions précises. Les traités de vénerie, tels que ceux de Jacques du Fouilloux ou de Charles d’Arcussia, nous éclairent sur les types de chiens utilisés, bien que la notion moderne de « race » soit alors encore floue. On parle davantage de types morphologiques et fonctionnels que de races standardisées.


I. Les chiens de chasse : noblesse et spécialisation

A. Les chiens courants

Utilisés dans la chasse à courre (cerf, sanglier, loup), les chiens courants étaient élevés en meutes dans les grandes maisons de vénerie.

  • Le chien blanc du roi : grande race emblématique de la cour royale, à la robe blanche, musclée et noble, aujourd’hui disparue mais à l’origine de plusieurs lignées de chiens courants français (comme le Porcelaine ou le Billy).
  • Le chien de Saint-Hubert : race importée des abbayes belges (Liège), à l’odorat exceptionnel, souvent utilisé pour la recherche au sang ; ancêtre du Bloodhound.
  • Le chien gris de Saint-Louis : race médiévale encore évoquée au XVIIe siècle, probablement en voie de disparition à l’époque, utilisé pour le loup.
  • Autres chiens courants régionaux : les ancêtres du Poitevin, du Gascon saintongeois, du Bruno du Jura, ou de l’Artois existaient sous des formes proches, parfois encore appelés « chiens du pays ».

B. Les chiens d’arrêt

La chasse au fusil se développe lentement au XVIIe siècle, ce qui donne de l’importance aux chiens d’arrêt.

  • Les épagneuls : très répandus, souvent appelés simplement « chiens couchants », ils travaillent en quête et marquent l’arrêt. L’épagneul français est le plus ancienment attesté. On note aussi des formes proches du futur épagneul breton en Bretagne.
  • Le braque français (type ancien) : chien solide et calme, spécialisé dans l’arrêt à courte distance, d’origine vraisemblablement gasconne ou pyrénéenne.

C. Les lévriers

Appréciés à la cour pour la chasse au lièvre ou au chevreuil, mais aussi comme chiens de compagnie nobles.

  • Le lévrier français : aujourd’hui disparu, appelé parfois « lévrier royal », fin, élégant, très rapide. Il a influencé le lévrier italien et certains lévriers continentaux.
  • Le lévrier italien (petit lévrier) : bien présent dans les salons aristocratiques, notamment sous Louis XIV, apprécié des dames de la cour.


II. Les chiens de compagnie : élégance et statut

A. Le bichon

  • Bichon à poil frisé (ancêtre du bichon frisé et du bichon maltais) : très populaire auprès de l’aristocratie, souvent toiletté et parfumé, compagnon favori des dames et des enfants royaux.

B. Le petit épagneul de compagnie

  • Épagneul nain continental : connu sous deux formes déjà distinctes : à oreilles tombantes (type King Charles) et à oreilles dressées (type Papillon), souvent représenté dans les portraits de cour.


III. Les chiens de garde et de travail

A. Les mâtins et molosses

  • Chien de montagne et de garde : utilisés dans les fermes et les domaines pour garder les troupeaux et dissuader les intrus. Certains étaient proches des futurs Mâtins des Pyrénées ou du futur Dogue de Bordeaux.
  • Dogue français : gros chien de garde, parfois utilisé aussi pour la chasse au sanglier ou comme auxiliaire militaire.

B. Les chiens de troupeaux

  • Chiens bergers : peu standardisés, mais nombreux. Le berger des Pyrénées, le berger picard ou d’autres types rustiques existent déjà à l’état local, bien que leur formalisation soit postérieure.
  • Chiens de plaine et de montagne : chiens robustes, endurants, utilisés aussi bien pour la garde que la conduite du bétail.


IV. Les chiens utilitaires et des classes populaires

A. Les bâtards ou chiens croisés

Dans les milieux paysans, les chiens n’étaient pas toujours d’une race définie : ils étaient choisis pour leur utilité. Les bâtards, produits de croisements empiriques, assuraient la garde, la chasse de subsistance et le service.

B. Le chien de charrette

Dans certaines villes, notamment dans le nord de la France et les Flandres, les chiens robustes (de type mâtin) étaient utilisés pour tirer de petites charrettes. Ces chiens de trait ont laissé des descendants dans certaines races régionales.


V. Représentations et symboles

  • Dans les arts : le chien est omniprésent dans les tableaux du Grand Siècle. Il symbolise tantôt la fidélité (dans les portraits), tantôt la noblesse ou la virilité du chasseur.
  • Dans la littérature et les traités : on trouve de nombreuses mentions de chiens dans les œuvres de La Fontaine, dans les écrits cynégétiques, et dans les livres de zoologie de l’époque.


La France du XVIIe siècle connaît une grande diversité de types canins, liés aux fonctions sociales et aux milieux culturels. Si la notion de race n’est pas encore fixée comme elle le sera au XIXe siècle avec la cynophilie moderne, les grands types morpho-fonctionnels sont déjà établis : chiens courants de vénerie, chiens d’arrêt, lévriers, chiens de compagnie, molosses de garde, et bergers rustiques. Plusieurs lignées anciennes de cette époque ont donné naissance aux races que nous connaissons aujourd’hui, faisant du Grand Siècle un moment charnière dans l’histoire cynégétique et canine française.